C’est en juin 2022 que seront inaugurés les nouveaux Musée de l’Elysée et mudac qui viennent compléter le pôle muséal lausannois Plateforme 10. Le projet des architectes lisboètes Aires Mateus e Associados est un défi pour les constructeurs romands.

Le 5 octobre 2019, les Lausannois découvraient leur nouveau Musée cantonal des Beaux-Arts (MCBA). Implanté à deux pas de la gare sur l’emplacement même de l’ancienne halle aux locomotives, le bâtiment conçu par le bureau italo-catalan EBV – Estudio Barozzi/Veiga basé à Barcelone a d’emblée séduit les visiteurs. Dans les premiers mois d’ouverture, le MCBA a connu un énorme succès a#irant les curieux et les amateurs d’art non seulement de toute la Suisse mais aussi des pays voisins.

L’intérêt artistique se joint à une réjouissante attente à l’égard du projet architectural de ce nouveau pôle muséal qui, sous peu, doit réunir le MCBA, le Musée de l’Elysée (musée de la photographie) et le mudac (musée de design et d’arts appliqués contemporains) sur un seul site. C’est donc un élan artistique inédit qui anime le cœur de Lausanne et accompagne une mutation urbaine inédite dans le secteur. Les travaux de transformation de la gare, qui viennent de démarrer, laissent entrevoir un quartier entièrement neuf à l’horizon 2032.

Alors que le MCBA reprend formellement le volume de l’ancienne halle CFF, le Musée de l’Elysée et le mudac trouvent place dans un volume entièrement neuf qui délimite le site côté ouest.

Gagnants du concours organisé en 2015, les architectes portugais ont imaginé un bloc minéral brisé en deux horizontalement. Le volume inférieur est solidement ancré dans le sol, le supérieur semble flotter, comme suspendu en l’air. L’interstice est libre. Cette faille lumineuse signalant l’entrée commune traverse le volume et fait spectaculairement office d’appel pour le public. La qualité iconique du bâtiment ne se limite pas à un simple signal visuel.

Le souci de respecter en priorité la fonctionnalité et la qualité des espaces est clairement affiché. L’accueil s’inscrit dans le prolongement de la place publique. Véritable forum ouvert sur ses quatre côtés, ce hall d’entrée regroupera toutes les fonctions partagées : billetterie, librairie, boutique et cafétéria.

Le traitement en paysage pour le sol et le plafond donnera à cet espace une connotation unique et chaleureuse. Un escalier menant au mudac en haut, et un autre au Musée de l’Elysée en bas, signaleront clairement le choix offert aux visiteurs. Les deux plateaux d’exposition permettront de doubler les espaces actuellement à disposition de chacun des musées dans leur site historique. De même dimension pour les deux institutions, ils offriront des espaces généreux, flexibles car modulables, et permettront de déployer tout en souplesse la présentation des collections ainsi que la scénographie des expositions temporaires. Les dépôts et les services techniques en sous-sol garantiront une conservation optimale des collections, alors que les espaces des équipes entoureront, au nord et à l’ouest, le bâtiment central, lui-même entièrement dévolu au public.

POÉSIE DE BÉTON

La création du bâtiment nécessite la réalisation d’un important terrassement : 70 000 m3 de fouille assurés par des parois clouées (hauteur jusqu’à 7m), des parois parisiennes (hauteur jusqu’à 13 m) et des parois de pieux sécants pour les hauteurs de 23 m. Au total, quelque 260 pieux sont forés dans la moraine et la molasse. Le système est complété par 150 pieux de fondation (entre 12 m et 16 m de profondeur) et assure un appui complet du bâtiment sur la molasse saine.

Le volume enterré est un monolithe de béton. La préciosité des œuvres destinées à être présentées et stockées en ce lieu impose une sécurité accrue ; radier, murs et dalles sont liés et totalement étanches, un drainage périphérique est mis en place. L’une des faces de ce premier bloc est libérée du sol et s’ouvre sur un jardin. Celui-ci sera un lieu d’activité et d’animation qui offrira une respiration supplémentaire, un apport de lumière naturelle et une dimension différente à un musée sinon entièrement enterré.

Le volume inférieur émerge partiellement au rez-de-chaussée. Le sol et le plafond s’animent de facettes, de crêtes et d’angles brisés: l’effet est saisissant !

Le béton offre sa protection aux œuvres et fait pénétrer le visiteur dans un univers unique, pratiquement coupé du monde qui l’entoure. La voûte et les éléments saillants se cherchent, s’effleurent, se touchent. On en vient presque à oublier le défi statique relevé par les ingénieurs. Le volume supérieur ne compte que trois points d’appui qui plongent jusqu’au deuxième sous-sol. Au-dessus, c’est une charpente métallique élaborée qui fait office de structure primaire. La dalle de la voûte – une dalle à facettes en béton blanc – y est suspendue. Chacune de ces surfaces est unique: 59 facettes losanges de taille et d’angulation différentes, réalisées grâce à des coffrages complexes fabriqués avec doigté et précision sur le chantier sous surveillance permanente d’un géomètre. Environ 500 kg d’armature par m3 renforcent cette dalle, soit près de cinq fois la quantité normale requise.

L’étage est lui aussi appuyé sur la charpente métallique au moyen des murs périphé- riques qui stabilisent l’ensemble du volume et assurent la transmission des e,orts aux trois noyaux. La structure de la toiture à sheds, également métallique, remplit la fonction de tirant entre les murs. Les façades du musée en béton blanc sont coulées en une seule étape et suspendues aux murs porteurs intérieurs.

Outre son aspect spectaculaire et sa force identitaire, la structure doit libérer au maxi- mum les surfaces intérieures pour o,rir aux exploitants la plus grande souplesse. Chacun des musées dispose de ’àà m! d’exposition équipés de parois mobiles vouées à créer de nouveaux parcours et de nouvelles expé- riences au fil des expositions. Alors qu’au sous-sol la photo se révèle dans l’obscurité grâce à une mise en lumière maîtrisée, à l’étage les œuvres du mudac sont mises en valeur par la lumière naturelle homogène qui pénètre par les sheds de toiture et est filtrée par un vélum.

Les installations techniques constituent un chapitre important. Le deuxième sous-sol est dédié au stockage des collections, une aile pour chaque musée. La conservation des images comporte des exigences particulières : une hygrométrie et des températures contrôlées sont indispensables (18°C pour les photos noir/blanc, 12°C pour les photos couleur et 6°C pour les négatifs.) L’ensemble du site est relié au chau,age à distance de la ville.

Sur les côtés nord et ouest, un bâtiment administratif et de services accueille les employés des deux institutions. Ouvertes sur l’esplanade, de nouvelles arcades prolongent et redessinent les anciennes arches déjà présentes sur le site. Elles abritent des points de restauration, des ateliers et une boutique.

Une fois le bâtiment achevé, le Maître d’ouvrage remettra officiellement le bâtiment du Musée de l’Elysée et du mudac à la Fondation Plateforme à lors de la cérémonie de remise des clés le 4 novembre 2021. L’événement sera suivi d’un week-end public de découverte du bâtiment les 6 et 7 novembre. L’inauguration officielle du Musée de l’Elysée et du mudac aura lieu le 15 juin 2022 avec une ouverture au public agendée dès le 18 juin. La période inaugurale débutera ensuite par plusieurs événements avec, comme point central, une exposition commune aux trois musées de Plateforme à autour de la thématique ferroviaire. Celle-ci sera visible jusqu’au 25 septembre 2022.

L’entrée du site changera aussi de visage. Un concours d’idées vient en effet de se conclure pour définir un programme de 6120 m2 permettant d’accueillir divers utilisateurs potentiels (espaces culturels, d’exposition, d’événement et de performance, des espaces publics ainsi que des ateliers d’artistes et des surfaces administratives destinées à Plateforme à). Articulé autour de deux marqueurs historiques du site – la plaque tournante et le poste directeur des CFF – ce nouvel élément comprend aussi l’aménagement de 1500 m2 d’espaces végétalisés arborisés et d’un plan d’eau. Cette porte d’entrée devra être un marqueur visible depuis la gare qui met en lumière son lien avec le domaine culturel, en invitant le public à entrer dans le périmètre.