Inauguré en 1921, le Palais de Beaulieu, et en particulier son aile sud, vit actuellement la plus grande transformation de son histoire. Au programme, rénovation totale du théâtre et intégration du TAS (Tribunal Arbitral du Sport) qui installe ses bureaux et salles d’audience dans des volumes construitsex-novo.

Abrité d’abord dans les Galeries du Commerce, puis au Casino de Montbenon, le Comptoir Suisse acquiert en 1920 sa dimension nationale et adopte définitivement le site de Beaulieu; d’abord les jardins, puis le palais construit expressément. Le Conseil fédéral avait donné l’année précédente l’autorisation à Lausanne et à Bâle d’organiser deux foires d’importance nationale, l’une au printemps et l’autre en septembre.

La manifestation est un succès et devient incontournable. C’est là que se mêlent tradition et innovation. Entre 1965 et 1986, le Comptoir attire régulièrement près d’un million de visiteurs, dépassant même ce seuil symbolique à plusieurs reprises.

Le Palais est flanqué de deux ailes afin d’augmenter la surface d’accueil. Au fil des ans, d’autres bâtiments et halles viennent compléter l’ensemble. Durant des décennies, le complexe forme un centre de congrès apprécié, parfaitement équipé pour tout type de manifestations, et s’impose comme un important vecteur économique pour toute la région.

Le théâtre est inauguré en 1954 dans l’aile sud. Avec ses 1926 places, c’est le plus grand théâtre de Suisse. Pour certains, il est à Lausanne ce que l’Olympia est à Paris. En plus des spectacles, ballets et concerts classiques, il accueille les plus grandes stars de la variété, telles que Jacques Brel, Barbara, Johnny Hallyday, Quincy Jones ou encore Ray Charles.

L’aile sud abrite encore une grande salle de banquet et une non moins grande salle de bal en plus de quelques salons et locaux de service.

Mis à part quelques modifications techniques ponctuelles, l’aile sud n’a pas connu de travaux importants depuis sa création. Aujourd’hui, avec la rénovation complète du théâtre et l’intégration du Tribunal Arbitral du Sport, le bâtiment franchît une étape historique.

 

 

 

 

 

 

NOUVELLE SAISON

Le projet actuel s’inscrit dans un développement initié en 2016 visant à revaloriser l’aile sud. Dès 2018, une première phase de transformation et d’extension a donc vu l’arrivée de l’Institut et Haute École de la Santé La Source ; 6000 m2 dédiés à la formation des futurs infirmiers et infirmières.

La rénovation du théâtre était au programme, alors que l’arrivée du TAS était pressentie. La nature même des travaux comprenant des interventions structurelles lourdes, imposait une finalisation complète du projet et une coordination globale. Difficile d’avancer avant l’officialité.

C’est donc en mai 2019 que les travaux ont débuté, le TAS étant entretemps devenu propriétaire de deux niveaux partiels de l’aile sud. Le bâtiment a pratiquement été mis à nu. Les façades ainsi que les éléments structuraux de la salle de théâtre ont été conservés, tout comme certaines dalles et planchers dans la partie salle de banquet. Le reste a été démoli et reconstruit. C’est un travail minutieux qui s’engage, avec un regard élément par élément, ici des réparations, là des renforcements, des semelles de fondation ou des micropieux et là encore la création de cages d’escalier, de cages d’ascenseur, de piliers, de dalles et de murs.

Les murs de façades – qui s’apparentent à une succession de colonnes – sont conservés alors que toutes les façades vitrées sont entière- ment neuves. Les performances thermiques du bâtiment sont enfin à la hauteur.

Le projet actuel simplifie la disposition des espaces et les circulations. Les spectateurs accèdent au foyer directement de face, par le parvis du sud du Palais ; ils étaient auparavant soumis à un sinueux circuit intérieur. Cet espace, animé d’un bar et relié au vestiaire, est flanqué de deux escaliers monumentaux qui mènent au foyer du parterre. Le volume s’ouvre sur deux niveaux et la mezzanine offre une surface supplémentaire. Au-dessus, le foyer du poulailler est transformé en espace VIP. En plus d’un petit bar et d’une ambiance plus intime, cette zone s’ouvre sur une petite terrasse et offre une vue surprenante sur la ville, la cathédrale et les Alpes.

Dans la salle, la courbe du gradinage et l’espacement entre les rangs ont été revus afin d’assurer une meilleure visibilité et un plus grand confort. Même démarche au niveau du balcon où les rangs bénéficient d’une réelle respiration. Les murs de la salle retrouvent les conques en bois existantes. Récupérées, traitées et remises à neuf, elles acquièrent une élégante modernité.

Le plafond devait initialement être conservé et simplement rafraîchi. Une expertise a mis en évidence d’importantes dégradations et des éléments potentiellement dangereux. C’est une démolition totale de la toiture qui s’est finalement imposée. Le nouveau faux-plafond, habillé de lamelles de bois, a une courbe douce qui se creuse centralement pour accueillir l’ancien lustre majestueux entièrement remis à neuf pour l’occasion. Le toit gagne en hauteur et assure ainsi une plus grande sécurité et une aisance d’accès pour les techniciens qui doivent y intervenir.

Architectes et ingénieurs acousticiens ont travaillé avec minutie pour assurer une acoustique de très haute qualité. Ces aménagements réduisent la jauge à 1604 places et offre un confort inédit.

Un système de rideaux permet d’occulter le balcon et de donner au parterre une typologie de salle de congrès de 1000 places.

Le cadre de scène et la scène elle-même sont agrandis, tout comme la tour de scène. Le sol de la scène est remis à plat et l’avant-scène se mue à souhait en fosse d’orchestre. Cette nouvelle infrastructure doit permettre d’accueillir des spectacles de grande envergure et des scénographies majestueuses.

Les volumes arrière sont passablement retravaillés marquant une grande évolution logistique. Les camions ont un accès direct à un nouveau monte-charge intégré au bâtiment.

Celui-ci dessert tous les niveaux du théâtre, en lien direct avec l’arrière-scène et les espaces de dépôt. Un foyer des artistes est également aménagé et, dans les niveaux supérieurs, les loges et l’administration.

Outre les questions structurelles, fonctionnelles et de confort, la rénovation permet de répondre aux prescriptions de sécurité incendie (AEAI 2015). La méthode par la preuve, appuyée de simulations, est l’approche privilégiée. Les nouvelles installations de désenfumage n’ont pas été simples à intégrer à la structure existante. Les escaliers sont cali- brés afin d’être utilisés comme voies de fuite.

A l’angle de l’avenue des Bergières, un nouveau restaurant public d’une capacité de 130 couverts et agrémenté d’une terrasse voit le jour. Un projet d’aménagement extérieur et une fermeture à toute circulation accompagne ce secteur. A l’arrière, la salle de banquet attend une décision définitive quant à son affectation future.

Les premières phases de travaux – les plus lourdes – sont menées alors que le site est toujours en exploitation. Ceci impose une coordination supplémentaire et une gestion accrue des nuisances acceptables. Alors que certaines assemblées générales se tiennent dans les salles du corps central, les travaux sont stoppés pour la journée.

L’ensemble de l’intervention est soumis à la supervision de la commission des monuments et des sites. Les travaux de gros-œuvre touchent actuellement à leur fin. L’objectif est d’inaugurer une nouvelle saison théâtrale dès la fin du 1er trimestre 2022.